Hommage à Robert Maistriau



En septembre 2008 s’éteignait Robert Maistriau.

Cet homme, inconnu du grand public, réalisa un acte de résistance héroïque en Belgique lors de la seconde guerre mondiale. Dans le cadre du projet « 1940-45 : Un Combat pour la Liberté, Christophe Smets a eu la chance d’interviewer et de photographier Robert Maistriau. Voici un extrait de cette belle rencontre :

« Je suis né le 13 mars 1921 à Ixelles. A 5 ans, mon père qui a terminé la première guerre comme général, m’a dit « après le français, tu dois apprendre l’allemand, parce que c’est la langue de nos ennemis. » En 1942 j’ai pu entrer en contact avec le « Groupe G », fondé notamment par anciens étudiants de l’université de Bruxelles. Le but était principalement de faire des sabotages pour freiner la production des usines qui intéressait les allemands. J’ai eu l’occasion de participer avec deux camarades à une opération particulière qui était l’arrêt d’un train de juifs, convoyé par les allemands vers Auschwitz. Il s’agissait du 20ème convoi. Dans la soirée du 19 avril 1942, j’ai arrêté ce train entre Malines et Louvain, et permis à 17 personnes de sortir. Ce n’était pas beaucoup, mais les prisonniers ne voulaient pas sortir. On leur avait raconté qu’ils seraient emmenés dans un camp agricole, et ils le croyaient, les malheureux.

Il régnait un silence absolu. Pendant une seconde, pas plus, j’ai eu peur. J’ai ouvert un des wagons avec une pince. Des discussions se sont engagées. Quelques personnes sont sorties.

Je n’ai revu qu’une de ces personnes, en 1995, une dame polonaise. Un des fils de cette dame m’a dit : « sans vous je n’aurais jamais revu ma mère. » C’est très émouvant. Avec le recul on a fait beaucoup de foin autour de cette histoire. Tant mieux si j’ai sauvé des gens…, si j’ai fait mon devoir, et puis c’est tout. J’ai continué à organiser le « Groupe G », en Ardennes, mais plusieurs de mes camarades et moi-même nous sommes fait arrêter en mars 1944. On m’a envoyé à Breendonk et puis à Buchenwald où j’ai passé 14 mois et ensuite à Bergen Belsen. Au retour, je pesais 39 kilos. Nous avons beaucoup souffert, mais ceux qui sont morts ont encore plus souffert.

Après la guerre, ce qui a beaucoup occupé ma vie a été la constitution d’une forêt au Congo, avec des semences du monde entier. »

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