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Je suis née le 30 avril 1925 à
Hermée.
J’ai été élevée dans un esprit
fort patriotique, avec une famille qui travaillait dans l’enseignement.
Nous avons formé avec 2 amies une association patriotique
estudiantine à l’athénée de Herstal.
A la maison communale de Heure le Romain où nous habitions,
je suis tombé sur des documents ignorés de mes parents,
abandonnés par l’armée belge. Un lieutenant
est venu un jour les récupérer et je lui ai dit que
je les avais lus et cachés. Il a voulu m’emmener en
Angleterre, pour éviter que je ne parle en cas d’arrestation,
mais j’ai réussi à le convaincre de l’aider
en tant que résistante.
Mon rôle était de renseigner la présence des
allemands sur une carte dans un secteur précis. Je me suis
occupé de Herstal et les communes avoisinantes, en essayant
de repérer la DCA, les chars, etc.
Un jour, j’ai dû m’accaparer
des documents transportés par un officier allemand qui se
déplaçait en tram. Je me suis assise à côté
de lui et j’ai échangé sa mallette avec celle
que l’on m’avait procurée.
Il m’arrivait aussi de cacher des documents dans un bracelet
creux.
J’étais à l’athénée
en train de réviser pour mes examens lorsque j’ai été
arrêtée par la Gestapo. J’avais un peu plus de
17 ans. J’ai eu juste le temps de glisser mon bracelet dans
le pupitre de ma voisine. On m’a conduite à la prison
de Liège et presque directement celle de Saint-Gilles. On
m’a enfermée dans une cellule, mais je n’en connaissais
pas la raison. En fait mon chef de secteur venait d’être
arrêté, et il avait des informations compromettantes
sur moi.
Je suis resté des mois dans cette prison comme « Nacht
und Nebel. » On ne pouvait pas me parler et je ne pouvais
voir personne. Je voyais juste le clapet qui s’ouvrait pour
me pousser la nourriture et le seau qu’on vidait lorsque j’étais
allée aux toilettes. Mais personne ne m’a rien dit
pendant un mois, je ne savais pas contre quoi me défendre.
Après ça, le martyre a vraiment commencé, avec
les interrogatoires. Directement ils m’ont parlé des
faits d’accusation. Vols de documents, espionnage.
J’ai commencé à nier.
Ils ont utilisé la douceur et puis progressivement la brutalité
en me montrant les documents saisis sur mon chef de secteur. J’ai
vu qu’ils étaient bien au courant. La tactique à
employer devenait difficile à déterminer.
Ils ont commencé à me frapper. D’abord un coup
de poing sur la bouche qui m’a cassé deux dents. Ils
m’ont tiré les cheveux, donné des coups de matraque
dans le dos.
Quand ils ont menacé d’emprisonner mes parents, j’ai
cédé, en disant que j’avais « tout »
fait, mais je les suppliais de ne pas toucher mes parents. Ils m’ont
dit « d’accord, on va vous fusiller ». J’ai
vécu alors des moments d’attente et de hantise interminables.
Ils s’arrêtaient devant ma porte, et à chaque
fois je faisais ma dernière prière.
Je suis restée encore plusieurs mois à Saint-Gilles.
On m’a ensuite déporté dans 4 ou 5 prisons différentes.
J’ai terminé à Ravensbrück.
Les travaux étaient durs évidemment. Un moment j’ai
du scier et hacher du bois avec une autre femme. J’ai même
dû travailler à la maçonnerie. Toutes celles
qui tombaient à terre étaient envoyées soi
disant à l’hôpital mais elles étaient
gazées. Tous les bijoux, dents en or étaient récupérés.
J’ai échappé de peu à des expériences
que l’on a voulu faire sur moi. Malgré tout, j’ai
été soumise régulièrement à des
prélèvements de sang.
Depuis lors à chaque fois que l’on doit me faire une
prise de sang, je fais une syncope. Heureusement pour moi, il y
avait une flamande qui travaillait à l’infirmerie.
Elle a convaincu les responsables d’arrêter les prélèvements
pour me faire travailler à la construction d’une maison.
Ensuite, j’ai été envoyée à la
fabrication de pièces d’avion, au contrôle des
pièces et notamment de l’altimètre.
J’avais une pince pour voir si les fils électriques
étaient bien soudés. Une amie m’avait procuré
de l’acide sulfurique qui au contact du cuivre provoquait
une usure et une cassure plus rapide. Au début tout allait
bien. Après un certain temps, je suppose que certains avions
ont eu pas mal de problèmes, ils ont commencé à
se douter qu’il y avait un problème avec l’altimètre.
On m’a donc surveillée de près pendant 2,3 jours.
Mais mon amie avait réussi à cacher l’acide.
La rage au cœur était mon moteur
dans les camps. Je voulais vivre. Plus je voyais souffrir mes compagnes
et plus je haïssais les gens qui nous faisaient du mal. Souvent,
de par ma bonne connaissance de l’allemand, j’ai servi
de traductrice. On oublie souvent de mentionner que pour les femmes
c’était horriblement dur, notamment avec nos «
besoins mensuels » et aucun linge hygiénique. Parfois
il était possible d’échanger une tranche de
pain avec un linge.
Nous avons été rachetées et délivrées
par la Croix-Rouge Suédoise présidée par le
comte Bernadotte. Lorsque nous avons vu les bus, on a poussé
des cris de joie, on pleurait. Après une heure de route les
avions allemands ont piqué pour nous détruire avant
la frontière danoise. Sur le premier convoi d’une centaine
de femmes que nous formions, la moitié environ est arrivée.
J’ai vu mourir une partie de mes compagnes que nous avons
laissées sur la route. C’est inutile de détailler,
parce que chaque fois que j’en parle, je pleure…
J’ai passé 3 ans de ma vie emprisonnée.
Je suis rentrée le 23 juillet 1945.
Mes parents me croyaient morte. Ils m’ont vu apparaître
devant eux, accompagnée d’une infirmière. Je
garde l’image précise de nos retrouvailles. C’est
mon père qui a ouvert la porte en disant « c’est
pas possible, ma fille. » Il m’a pris dans ses bras
en pleurant, et a tout de suite été mettre le drapeau
belge à la fenêtre. Les cloches du village ont commencé
à sonner pour annoncer mon retour.
Je me souviens de ma mère, me demandant si je voulais des
œufs sur le plat.
Je trouvais que les belges ne se rendaient
pas compte de ce qui s’était passé dans les
camps. On ne parlait pas de nous, des conditions dans lesquelles
nous avions vécues. Lorsque je me suis retrouvé sur
une estrade devant le village pour parler de mon expérience,
j’ai commencé à pleurer.
Avec le temps je n’arrivais pas à me remettre, et je
suis partie pour l’Afrique où je suis restée
40 ans.
A la fin de la guerre j’avais 20 ans.
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