Emile Boucher

 

   

Je suis né le 9 septembre 1920 à Quaregnon.
Mon père était mineur, ma mère était femme de ménage.
Avant le 10 mai 1940, j’étais tout sauf militariste, je détestais les armes. L’envahissement du pays a changé la donne.
Lorsque j’ai vu tomber 2 bombes non loin de moi, je me suis rendu compte que je n’avais pas été touché. Un déclic incroyable s’est opéré en moi. Par la suite, plus jamais je n’ai eu de crainte, car je sentais que je ne serais pas tué. Cela m’a permis d’effectuer des missions risquées sans éprouver la peur.
J’ai participé à la campagne des 18 jours menée par l’armée belge, mais après 4 jours nous avons été dirigés vers Toulouse, et ensuite nous sommes remontés pour « défendre » Paris. Nous avions un fusil pour 5 hommes. Des soldats français nous ont alors donné des bouteilles d’essence et des grenades.
En juillet, j’ai décidé de rentrer à Quaregnon. C’est à ce moment que j’ai vu les allemands pour la première fois.
Début 1941, je me suis engagé dans la « Légion belge » parmi des anciens militaires. L’idée de rejoindre la résistance s’est faite naturellement. Nous voulions tous que les allemands s’en aillent. On discutait beaucoup, mais sans vraiment agir. Un an plus tard, la « Légion belge » est devenue « l’Armée Secrète ».
En février 1942, j’ai voulu me rendre en Angleterre pour rejoindre l’armée belge, mais j’ai été arrêté en Auvergne, à Dompierre-sur-Besbre. J’ai été transporté en camion, mais je me suis échappé dans un virage avec ma valise.
Trois fois, j’ai été convoqué par la Werbestel pour aller travailler en Allemagne, mais jamais je n’ai répondu. Sachant que je devais être arrêté, j’ai décidé de déloger de chez mes parents. En quittant la maison, je me suis retrouvé dans la rue face à un allemand de la Feldgendarmerie qui m’a demandé si j’étais Emile Boucher. Je lui ai répondu que j’étais un ami, et j’ai pu parvenir à m’en sortir, sans qu’il me demande ma carte d’identité.
En juin 1943, j’ai rejoint les « Partisans Armés », qui m’ont procuré un logement. Un mois plus tard, nous avons fait dérailler le train Paris-Bruxelles avec une dizaine d’hommes. Comme il s’agissait de ma première action de ce type, j’ai été chargé de monter la garde. Les « Partisans » n’étant pas une organisation reconnue par le gouvernement belge de Londres, nous ne recevions aucune aide officielle. La dynamite, par exemple, manquait cruellement au début. Par la suite, des camarades mineurs nous en ont procuré. J’ai participé à une dizaine de déraillements.
Je suis devenu responsable d’un groupe. On me surnommait le « commandant Claude ».
Dans mes souvenirs marquants, il y a aussi le sauvetage de trois aviateurs américains en 1944.

Pendant la guerre, j’ai été arrêté 4 fois, mais je m’en suis toujours sorti sans être emmené en Allemagne. S’il y avait eu le moindre risque que je sois interrogé, je me serais suicidé, tellement j’avais peur de parler.
J’ai été blessé à trois reprises. Deux fois d’une balle dans la cuisse et une fois à la poitrine, par des éclats de balles explosives.

Certaines personnes ont essayé de se servir de la résistance pour satisfaire des vengeances personnelles. J’ai vu le cas d’un boucher qui voulait faire assassiner sa femme. Nous avions des listes de collaborateurs à éliminer, et ce commerçant avait fourni le nom d’une dame qu’il décrivait comme quelqu’un de dangereux. C’était son épouse.
Avec le recul, je pense que je suis devenu résistant pour m’opposer au manque de liberté. L’occupation, je l’ai ressentie comme une violation de mes droits.
J’ai toujours gardé en moi le sens de me battre pour cette liberté.

Retour Témoignages

 

 
 
 
Accueil
 
Les photographes
 
Activités
 
News
 
Lunaphotos
 
Galeries
 
Les images du mois
 
Stages
 
Liens
 
Contacts