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Je suis né à Wellen le 08 janvier
1914 avant le début de la première guerre mondiale.
Max est mon nom « de guerre ».
A l’âge de 20 ans, je suis devenu étudiant ouvrier,
c'est-à-dire surveillant, au pensionnat de l’Athénée
de Louvain pendant 2 ans, ce qui me permettait de payer et poursuivre
mes études à l’université.
En 1936, année des grandes grèves, auxquelles on doit
la sécurité sociale et les congés payés,
j’avais des relations clandestines avec les organisateurs
de la grève de Louvain, j’étais solidaire avec
eux A cette époque, organiser une grève était
quasiment illégal, si bien que le matériel pour imprimer
les tracts se trouvait caché, dans ma chambre.
Par la suite j’ai fait partie de l’Organisation des
étudiants marxistes à l’université de
Liège pendant 2 ans. Très jeune j’ai été
politiquement conscient. Un sentiment de justice sociale, de rébellion,
s’est imposé à mes yeux, il était donc
logique pour moi de devenir combattant d’extrême gauche.
Très vite je me suis senti anti-fasciste, donc anti-nazi,
donc résistant.
J’ai été mobilisé
le 23 août 1939, dans la batterie école du 15ème
régiment d’artillerie à Liège, le jour
où a été conclu le pacte de non agression entre
Hitler et Staline.
Nous avons été transférés à Malines
où j’ai fait mon service militaire, d’une durée
assez courte (8 mois). Entre temps j’ai obtenu le grade de
sous lieutenant d’artillerie, sous lequel j’ai fait
la campagne des 18 jours.
Le 28 mai, j’ai été fait prisonnier, mais j’ai
réussi à m’évader rapidement. Fin juin
1940 j’étais déjà de retour dans mon
village. Je me suis alors posé la question « quoi faire
maintenant ? »
En tant qu’anti-fasciste ma réponse a été
: engager le combat. Sous quelle forme ? C’était encore
un point d’interrogation.
A Liège j’avais été actif dans le secours
rouge international pour aider sous différentes formes les
enfants des républicains espagnols. Je suis allé trouver
à Tongres un jeune homme que j’avais rencontré
pendant cette période et nous avons créé le
premier septembre 1940 « Verzameling » (rassemblement),
le premier groupe de résistance dans le Limbourg. Nous avons
édité un petit journal clandestin du même nom.
Je devais trouver deux personnes pour rejoindre notre cause, et
lui deux. Mais il ne connaissait pas les 2 personnes que j’ai
amené et moi de même avec les siennes, afin d’éviter
la disparition du groupe en cas de dénonciation.
Il fallait trouver de l’argent. Je garde un souvenir extraordinaire
de ma demande au bourgmestre de Tongres (le Baron Georges Meiers)
qui était catholique. J’avais confiance en lui, même
si nous étions opposés politiquement. Il savait que
j’étais athée. Il n’a pas dit un mot lors
de notre rencontre et a mis sa main dans sa veste pour en sortir
un billet de 1000 francs de l’époque (environ 2000
€ à notre époque).
Il s’agissait d’un formidable symbole pour moi, qu’un
anti-fasciste d’extrême gauche travaille main dans la
main avec un baron catholique.
Le 15 mars 1941 a été fondé
à Bruxelles le Front de l’indépendance. Ils
avaient beaucoup plus de moyens que nous et un rayonnement national.
« Verzameling » est passé en été
1941 au Front de l’indépendance qui a très tôt
envisagé une lutte armée. Début 1943 nous avons
commencé les premières exécutions de traîtres.
Il a fallu une lente préparation pour rassembler les hommes
et les armes.
Une lutte à mort s’est engagée dans le Limbourg
contre les collaborateurs. Nous avons eu de très grosses
pertes. En avril 1944, 24 de mes camarades ont été
condamnés à mort et exécutés à
Breendonk. Les allemands ont cru en faisant un « exemple »
qu’ils allaient mater la résistance au Limbourg. Le
contraire s’est produit, à tel point qu’à
un moment nous avions plus d’hommes que d’armes.
A certains moments il y a eu jusqu’à 30 exécutions
de collaborateurs par mois.
Dans nos actes de sabotage, les trains de
charbon transportés vers l’Allemagne étaient
régulièrement visés. Le charbon de Campine
et de la région liégeoise était transporté
en masse vers l’Allemagne. Nous recevions de la dynamite des
ouvriers mineurs. Le sabotage se faisait de plusieurs façons
(déraillements, sable dans les boîtes de graissage
des trains, sciage de poteaux le long des chemins de fer,…).
Un des faits les plus mémorable pour
moi pendant cette période a été, dans la nuit
du 13 au 14 octobre 1942, une descente de la Gestapo dans la maison
de mes parents. J’ai réussi presque nu à m’échapper
par les toits et à sauver ma vie.
Quand on sauve sa vie comme ça, c’est un moment très
marquant. Cela m’est arrivé une demi douzaine de fois
de pouvoir dire : « j’ai vu la mort de près ».
Je dis maintenant en rigolant que les allemands avaient sur la boucle
de leur ceinture l’inscription « Gott mit uns »
(Dieu avec nous). Moi je peux dire, Dieu est avec moi.
Pour piller le pays sur le plan agricole,
les envahisseurs avaient organisé la corporation nationale
de l’agriculture et de l’alimentation, manipulée
par les collaborateurs.
Dans le canton de Borgloon, la corporation envoyait aux paysans
des formulaires sur lesquels ils devaient mentionner dans les moindres
détails toutes leurs productions (bétail, céréales,
arbres fruitiers, etc).
Les formulaires étaient renvoyés à la corporation
qui s’en servait pour taxer les paysans sur leurs productions.
Les paysans étaient pris à la gorge.
Nous, résistants, avons décidé de mettre fin
à cette situation. Une équipe de partisans avait réussi
à obtenir la clé des bureaux de la corporation à
Borgloon. Nous avions un infiltrant dans le personnel de la corporation
qui nous a procuré un double.
Une nuit, l’équipe a dérobé tout le stock
du bureau (la machine à écrire, les dossiers, le papier
à en-tête, les timbres et les enveloppes).
On a tout amené dans une ferme, là où j’étais
caché, dans la précipitation et dans un grand désordre.
J’ai tout trié par village et j’ai tapé
un appel aux paysans pour qu’ils cessent de donner leur production
aux allemands puisqu’ils n’avaient plus de contrôle
sur la production des villageois. Les paysans du canton ont tous
reçu une enveloppe, un timbre et un papier avec l’entête
de la corporation et l’appel à ne plus rien donner.
J’ai demandé à ma mère d’aller
à la ferme du coin pour vérifier la réception
de la lettre à l’heure de la distribution du courier.
L’enthousiasme est réapparu chez les paysans, avec
comme résultat que les partisans du Limbourg étaient
choyés quand ils rentraient dans une ferme (jambon, argent,
œufs, vêtements,…).
Nous exécutions des gens du VNV (Vlaamse
Nationaal Verbond), parti de la collaboration, et des combattants
du front de l’est.
Pourquoi ? Parce que le VNV avait une milice armée. La loi
belge dit que celui qui porte les armes pendant la guerre contre
son pays doit être exécuté. Chaque membre de
la Brigade Noire avait un carnet de milice ou figurait la liste
des devoirs du membre. Ces gens juraient d’être des
traîtres.
Certains des collaborateurs faisaient ça par intérêt
pour leur situation personnelle, ils pensaient que les allemands
allaient gagner la guerre. D’autres étaient des nationalistes
flamands qui pensaient que la Flandre pouvait devenir indépendante.
Il y avait deux tendances dans la collaboration Flamande. Le VNV
avec les Brigades Noires qui voulaient une Flandre « indépendante
» avec eux à la tête, sous la tutelle des allemands.
De l’autre côté, le D Vlag (Duitse Vlaamse arbeids
gemeenschap) avec les SS, qui voulaient annexer la Flandre pour
en faire une province allemande. La collaboration était relativement
importante dans le Limbourg car le VNV était un parti fort
à ce moment. Ils avaient récolté aux dernières
élections un peu avant la guerre, environ 30 % des votes
dans le Limbourg.
Les nationalistes flamands ont participé
à l’holocauste et ne peuvent le nier. Au moment où
les convois de déportés juifs quittaient Anvers vers
Auschwitz, dans le journal hebdomadaire « De Toekomst »
on pouvait lire « Nous préparerons aux juifs un avenir
comme jamais aucun peuple dans l’histoire n’a subi ».
J’ai conservé un exemplaire de ce journal.
Après 60 ans de recul, j’ai
l’impression de revivre les années 1933-39, années
de la préparation de la 2ème guerre mondiale. Je pense
que l’on prépare la 3ème guerre mondiale, mais
je ne suis pas certain qu’elle se produira. On aurait aussi
pu éviter la seconde guerre mondiale si en août 1939
les alliés de l’est et de l’ouest s’étaient
engagés à signer un pacte de sécurité
collective.
Maintenant encore si la guerre devait arriver, je me battrais, avec
mes faibles moyens. Je suis convaincu d’être du «
bon » côté, celui des pauvres, celui des Africains
qui meurent du Sida et de faim.
La société actuelle manque
de rebelles, mais j’ai vu avec plaisir qu’il y avait
150000 personnes sur le plateau du Larzac pour le rassemblement
altermondialiste en 2003…
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