Adrien Fache

 

   

Je suis né le 24 décembre 1920 à Mouscron.
En 1940, j’ai fait mon service militaire dans une compagnie école. J’ai participé à la campagne des 18 jours où j’ai perdu 13 amis dans le bombardement d’un train près de Gand. Nous avons ensuite été acheminés vers Dunkerque avec comme mission de surveiller le matériel de la compagnie école de Tournai. Tous les soirs, on assistait à la grande furie des bombardements allemands.
A la capitulation de la Belgique, nous avons été capturés en tant que soldats par les allemands. Ils nous ont rassemblés et contrôlés, puis nous avons été emmenés.
J’avais une carte d’identité bilingue, ce qui m’a permis de passer pour flamand et d’être libéré deux ou trois semaines plus tard.

Petit à petit, les officiers de l’armée belge ont décidé de continuer la guerre. J’ai été pris dans les renseignements comme courrier. Ainsi est née l’armée secrète à Mouscron.
Le 21 juillet 1941, une manifestation a eu lieu au monument aux morts de Mouscron. Résultat, j’ai fait 3 mois de prison à Courtrai. A ma libération, j’ai commencé à faire du renseignement vraiment sérieusement, prêt à sacrifier ma vie, au nom du patriotisme. J’étais agent de liaison avec la France pour différents groupes de résistance.
Le plus beau renseignement que nous avons eu, c’est grâce à un de nos agents qui travaillait au bureau du cadastre à Bruges.
Rommel était passé faire l’inspection de tout le front de l’Atlantique. L’agent nous a ramené la totalité du plan sur un calque. C’était extraordinaire. Il tirait les plans, parce que les allemands n’en étaient pas capables et devaient faire appel à lui. Ce qui lui permettait de définir le métrage du calque fourni, et de garder un morceau afin d’effectuer une copie pour nous, lorsque le renseignement était important.

On m’a de nouveau arrêté lors d’une tentative pour faire évader un aviateur américain tombé à Liège. C’était grave pour moi. J’ai eu très peur lors des interrogatoires, de dévoiler des informations sur mes activités de renseignement et surtout pour le réseau.
J’ai été condamné à mort par un tribunal allemand à Bruges, et emmené en prison à Gand puis à Saint-Gilles. A Gand, pendant deux semaines j’ai été interrogé. On partait à 9 heures de la prison jusqu’à leurs bureaux pour rentrer vers 18 heures. A chaque interrogatoire, j’étais placé avec le dos étiré sur le bureau, pieds et mains menottés aux pieds du bureau. J’ai réussi à résister parce que je n’avais pas honte de ce que j’avais fait. Je pensais à ma mère et à un ami fusillé, et cela me donnait une force terrible.
Je devais être fusillé, mais la sentence avait été prononcée par l’armée de terre et nécessitait l’accord de l’armée de l’air, car j’avais aidé un pilote américain. Le second procès devait avoir lieu à Bruxelles, mais ils n’ont pas eu le temps de le faire. Par contre, 7 amis ont été fusillés. Nous continuons à les célébrer chaque année afin que l’on conserve leur souvenir de manière ineffaçable.
Lors du débarquement du 6 juin 1944, j’étais en cellule. Le gardien, un bon bavarois, est venu m’amener 3 journaux français en guise de soutien.

De Saint-Gilles, j’ai été déporté vers d’autres prisons en Allemagne, 7 jours avant la libération de Bruxelles. Nous formions un groupe de 60 condamnés à mort.

J’ai été libéré le 23 avril 1945 par les américains.
Trois semaines plus tard, j’ai pu rentrer à Bruxelles grâce à un officier belge de la sûreté qui a réquisitionné un avion, revolver sur le bureau.
Un millier de personnes nous attendaient à l’arrivée pour nous féliciter. Il y a eu la cérémonie à l’hôtel de ville, le cortège, et puis je voulais absolument revoir ma mère qui avait subi 1300 jours de captivité de ses enfants. Elle était méconnaissable. A un mètre d’elle, nous ne nous reconnaissions pas.

J’évoque mon vécu pendant la guerre seulement depuis un an. J’ai décidé de parler parce que j’entends trop de gens qui racontent des histoires fausses.
Il est plus dur de se voir condamné à vie que d’être fusillé. La peine de mort ne sert à rien. La guerre non plus. Il serait préférable d’aider les pauvres. Voilà mon message.
La vie ne nous appartient pas.

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