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Je suis née le 6 septembre 1921 à
Bruxelles.
En juillet 1942, j’ai commencé à faire des intérims
dans l’enseignement, où j’ai été
confrontée pour la première fois au problème
des enfants juifs. Je voyais arriver dans ma classe des enfants
avec une étoile jaune, et puis ils ne venaient plus à
l’école parce qu’ils avaient été
arrêtés dans la nuit avec leurs parents.
C’est à ce moment là que j’ai rencontré
le réseau de résistance qui s’occupait de cacher
ces enfants, et j’en ai fait partie jusqu’à la
libération. Il s’agissait du « Comité
de Défense des Juifs », section enfance. Je cachais
des enfants dans des abris « sûrs ».
La révolte devant l’impensable m’a poussé
à agir. Qui peut rester insensible à ça. On
me communiquait des adresses de personnes juives, où je me
rendais pour prévenir la famille que j’emmènerais
l’enfant 48 heures plus tard. A la campagne, dans un couvent,
dans des familles privées ou dans des institutions nées
de la guerre (le Secours d’Hiver, l’Aide Paysanne aux
Enfants, etc).
La période était difficile. Nous avions faim et froid.
Mais sauver des enfants est une belle cause.
Un jour je suis allée chercher un
bébé de 20 mois environ. Au moment où je suis
sortie avec le bébé, la Gestapo est arrivée.
Les rafles étaient effectuées dans les quartiers juifs.
Ils barraient toutes les rues transversales avec des camions pour
empêcher les gens de s’échapper.
Je suis arrivée dans une de ces rues avec la poussette, et
pendant ce temps, ils faisaient descendre toutes les familles.
D’autres fois, nous allions aussi chercher des bébés
qui avaient 6, 7 jours à la maternité. Des médecins
« amis » nous signalaient les enfants à cacher
tandis qu’ils s’occupaient des mères désemparées.
Nous avons appris l’existence des chambres
à gaz suite au voyage de Victor Martin, un jeune universitaire,
chargé par le « Front de l’Indépendance
» de faire une enquête en Allemagne pour voir ce que
devenaient les prisonniers que l’on envoyait là-bas.
Le responsable du « Comité de Défense des Juifs
» lui a demandé de voir ce que les déportés
devenaient.
Martin est rentré d’Allemagne en disant : « on
brûle les gens. » Il avait pris contact avec des gens
autour du camp, des ouvriers qui lui ont parlé des cheminées.
Après la guerre j’ai continué
à avoir énormément de contacts avec ces enfants,
d’autant plus quand les parents avaient survécu. Parce
que les parents avaient le souvenir de ce que j’avais fait,
ils n’ont jamais oublié.
C’est un grand privilège pour moi d’avoir pu
continuer à les aider en les guidant dans leurs études
par exemple.
Un beau jour, quelqu’un m’a écrit
de San Francisco pour me demander où il avait été
caché pendant la guerre. Je lui ai répondu, et il
est venu quelques jours après en Belgique. Nous sommes allés
ensemble jusqu’au couvent où il était caché,
à Louvain. Pour lui c’était terrible, il en
pleurait car il se souvenait des caves où il se cachait pendant
les alertes, du petit coin où il cultivait des légumes,
de la chapelle.
Par la suite je suis allée le voir à San Francisco.
Ces deux fils étaient présents. Nous avons fait un
film ensemble. Il pleurait à chaudes larmes. Ses fils m’ont
dit qu’il n’avait jamais rien raconté avant.
J’ai gardé de cette période
la haine de tous les racismes, pas seulement de l’antisémitisme,
qui peuvent mener jusqu’à l’extermination.
Je suis pessimiste au vu de l’actualité de ces dernières
années. J’ai l’impression que l’homme n’a
pas appris grand-chose. Il suffit de quelques incidents dans la
rue pour que naissent des nouveaux sentiments de rejet. Mais il
faut pouvoir résonner tout ça.
A mon sens, tant qu’il y aura dans ce monde des gens qui «
crèvent de faim » et de l’autre qui « crèvent
de trop de richesses », il y aura un appel de ces pays pauvres
vers ces pays riches.
Si on établit un meilleur équilibre des richesses,
on évitera d’abord les déplacements de population.
Il faut faire un effort pour se mettre à la place des gens.
Nous vivons ici dans un pays de cocagne.
J’admire les jeunes qui se battent pour une meilleure répartition
des richesses. C’est ce combat-là qu’il faut
mener aujourd’hui.
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