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Je suis né le 19 octobre 1922, à
Woluwe-Saint-Pierre.
L’occupation est tombée comme
une chape de plomb en Belgique, en ce sens que beaucoup de choses
étaient interdites (écouter la radio anglaise, allumer
la lumière le soir, …). Le rationnement était
difficile à supporter pour la population. Ceux qui avaient
un peu d’argent passaient par le marché noir. On estime
que les allemands prélevaient énormément de
marchandises (25 trains par jour partaient vers l’Allemagne).
La résistance a commencé doucement. Ce sont surtout
les jeunes qui se sont impliqués et qui n’acceptaient
pas l’emprise allemande. A la fin de la guerre il y avait
plus de 50 journaux clandestins.
J’ai d’abord fait partie de l’armée
secrète et puis du « réseau Comète »
(fondé par Dédée De Jongh, une jeune fille
de 24 ans qui travaillait à la Croix Rouge) qui ramenait
en Angleterre les aviateurs survivants de combats aériens.
Il y avait des bombardements sur l’Allemagne, parfois avec
500 ou 1000 avions à la fois. La défense anti-aérienne
étant très présente, beaucoup d’aviateurs
alliés ont été abattus. Ils étaient
récupérés de main en main. Lorsque la résistance
était prévenue qu’un aviateur était caché
dans un village, un guide « Comète » allait le
chercher pour le ramener à Bruxelles, où il était
caché chez des particuliers (des gens très courageux,
puisque s’ils étaient découverts, ils étaient
condamnés à mort).
Ces aviateurs restaient parfois des semaines ou des mois cachés
dans ces familles, ce qui n’était pas simple à
gérer pour trouver suffisamment de nourriture pour la famille
et l’aviateur.
Cela prenait généralement un mois pour ramener un
aviateur en Angleterre, en passant par Gibraltar. Un pari fou de
dire « on va les conduire à Gibraltar ». Les
jeunes à l’époque n’avaient que peu voyagé.
750 Aviateurs sont rentrés en Angleterre grâce à
« Comète », mais le réseau a perdu environ
700 personnes.
Le rôle du réseau était double. Trouver des
refuges, et donc convaincre des gens pour qu’ils acceptent
d’héberger un aviateur, et guider ceux-ci vers un retour
en Angleterre. Souvent, on trouvait des amis ou de la famille, mais
cela restait très difficile. J’étais guide également.
On partait de Bruxelles vers Lille et Paris. Ensuite vers Bordeaux
puis jusqu’au pied des pyrénées. De l’autre
côté des montagnes ils étaient cachés,
et une voiture de l’ambassade anglaise passait les chercher
pour les amener à Gibraltar.
Il a été évalué que malgré les
pertes, le projet valait la peine d’être continué,
car former un pilote prenait du temps. D’autant que voir revenir
un collègue qui avait été abattu, était
un adjuvent moral très fort au sein des escadrons d’aviateurs.
J’ai été arrêté
par le service du contre espionnage allemand qui avait décidé
d’effectuer une fouille régulière du train Bruxelles
– Lille, mais nous ne le savions pas. Nous étions à
3 (deux aviateurs et moi), avec des faux papiers chacun.
Un des aviateurs a donné son ticket de train. L’allemand
était fou furieux. Le second a donné sa carte, mais
il a décliné son identité avec son accent anglais
et a été de suite repéré. J’ai
été emmené avec eux, même si je disais
ne pas connaître ces personnes.
On est arrivés menottés à la gare de Lille.
Ils nous ont transféré à la Gestapo, et puis
au bout de plusieurs heures, à la prison du coin.
Je me suis retrouvé avec 4 français dans une cellule
minuscule, en me disant « il faut que je me taise pendant
48 heures ». Le temps pour le réseau et mes parents
de comprendre que j’étais arrêté et d’évacuer
les personnes menacées, dont un aviateur américain
qui était à la maison. Celui-ci a malgré tout
été arrêté plus tard, avec en poche la
liste des personnes (une douzaine) chez qui il avait logé.
Les ¾ sont mortes dans des camps de concentration.
Après la guerre, je l’ai revu et lui ai demandé
pourquoi il avait ce papier dans sa poche. Il voulait, de retour
au pays, envoyer des cartes postales de remerciement aux familles.
Dans ma cellule, un des prisonniers avait
été battu avec des nerfs de bœufs (dont la propriété
principale est d’ouvrir des plaies), pour avoir distribué
des tracts communistes à la sortie d’une usine. Son
dos ressemblait à un steak américain.
Je me suis demandé ce que j’allais « ramasser
» au vu de mes activités.
J’ai pu suffisamment mentir. On venait me chercher toutes
les nuits à 2h.
Je devais me mettre torse nu et m’asseoir sous la fenêtre
ouverte à l’occasion (nous étions en janvier
1944). Au bout de quelques minutes j’étais déjà
tremblant. Plus ils en « faisaient » et plus je m’entêtais.
Comme je savais que je devais parler, j’avais mis au point
de faux aveux. En tout, j’ai gagné 2 semaines, le temps
que les allemands vérifient mes dires. Pour bien mentir je
répétais dans la cellule avec un autre prisonnier.
Au bout de 3 semaines ils connaissaient juste mon faux nom.
Cela s’est ensuite gâté pour moi, avec une nuit
assez fiévreuse.
Je leur ai donné mon vrai nom et mon adresse mais ils ne
voulaient plus me croire.
J’ai alors été ramené à Bruxelles
et je suis passé en jugement quelques mois plus tard, devant
un conseil de guerre allemand.
Une fois, j’ai assisté à une dispute entre les
allemands qui faisaient les interrogatoires. Il y en a un qui en
avait marre de cette fenêtre ouverte. Ces types devaient être
épuisés au vu du nombre des prisonniers à interroger.
J’ai finalement été envoyé dans un camp
près de la Tchécoslovaquie, qui a été
libéré par les américains le 27 avril 1945.
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