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Je suis né le 1er juin 1920 à
Mont-sur-Marchienne.
Je suis rentré à l’armée en 1938 comme
militaire de carrière, dans les chasseurs à cheval.
En 1939 j’ai été muté à la garde
territoriale anti-aérienne (GTA). J’ai fait la campagne
des 18 jours dans ce service, pour défendre Bruxelles. Nous
avions comme mission de détruire les avions allemands. L’armée
belge manquait de spécialistes, et comme j’avais une
excellente ouïe, une bonne vue, et j’étais fort
en math on m’a mis là-bas.
C’était tout un processus, avec les écouteurs
qui localisaient l’avion, le télémètre
qui donnait les mesures et la table de tir. On visait la queue de
l’appareil, pour avoir le plus de chance de l’abattre,
ce que nous avons réussi à plusieurs reprises.
De Bruxelles nous sommes partis sur la Lys, à Gistel, et
puis sur Mariakerque, mais nous n’avions déjà
presque plus de matériel de défense. Ensuite nous
sommes allés vers Dunkerque, mais les anglais n’ont
pas voulu nous laisser passer. On s’est retrouvé entre
eux et les allemands.
A la capitulation, nous avons été fait prisonnier.
J’ai alors été emmené à Eeklo,
où je suis resté environ 3 semaines à travailler
dans un service d’intendance allemand, une boulangerie. De
là on m’a transféré en camion vers les
Pays-Bas, mais je me suis évadé pour la première
fois dans un virage. Ils m’ont repris une heure ou deux plus
tard…
J’ai été emmené à la caserne Sainte-Croix
à Bruges. Il n’y avait pas grand monde ce qui m’a
permis de m’évader après un mois. J’avais
calculé le coup. Les allemands montaient la garde devant
la caserne, et pendant qu’ils faisaient le tour, on est parti.
Je suis rentré chez moi le lendemain, toujours en uniforme,
après avoir voyagé en vélo de Bruges à
Bruxelles. Il était tellement grand que je n’ai jamais
pu m’asseoir sur la selle !
Pour les militaires de carrière on a mis sur pied l’organisation
temporaire de l’armée démobilisée. Nous
avions des prestations à effectuer dans des services organisés
entre le gouvernement belge et les allemands. J’étais
actif au secours d’hiver où je distribuais des soupes
dans les écoles. C’est là que j’ai rencontré
Raymond Remy.
Les allemands ont commis l’erreur de regrouper des futurs
résistants potentiels. Le fait de rencontrer des anciens
militaires et des amis m’a sans doute permis d’accélérer
le processus de résistance. Fin 1940 on commençait
déjà, mais ce n’était pas encore très
organisé.
Il y a eu 15 mouvements de résistance en Belgique. L’Armée
Secrète était le plus important. Je faisais partie
du groupe de choc, dans la région de Charleroi, composé
de 21 hommes.
En 1942, en tant que militaire on m’a
arrêté et déporté vers Stolberg, où
j’ai travaillé dans une usine de zinc. J’ai été
gravement brûlé, et on m’a renvoyé en
Belgique dans un hôpital à Bruxelles. Après
2,3 semaines je me suis enfui pour éviter d’être
renvoyé en Allemagne.
Au début 1943, j’ai été repris et dirigé
sur la prison de Charleroi, puis Mons. J’ai abouti ensuite
au camp d’Eperlecques (en France) où nous avons travaillé
à la construction d’un bunker qui devait servir à
envoyer les V1 et les V2, et d’où je me suis évadé
le 27 août. Près de 200 avions sont venus bombarder
ce blockhaus, il y a eu 500 tués. Je fais partie des évadés.
J’ai alors rejoint mon groupe de choc pour la seconde fois.
On m’a mis dans le maquis plusieurs mois et je suis revenu.
Dans le groupe de choc nous avons participé
à 7 parachutages d’armes, 30 expéditions de
parachutage, et surtout les démolitions de locomotives. C’était
moi qui lançais les locomotives dans le vide. Quand le train
était lancé je devais sauter…
J’avais appris à conduire les trains sous un faux nom
aux chemins de fer. Pour ces sabotages, j’étais habillé
en allemand.
Pour les parachutages, nous étions en communication avec
la BBC qui nous donnait les instructions. On s’occupait de
3 plaines que nous avions choisies sur les hauteurs. Quand on recevait
un message, on partait en soirée pour prendre un contact
du sol avec l’avion. Au moment opportun on allumait nos phares
pour guider l’avion. Après le largage, les armes étaient
récupérées, emmenées en camion, enfouies
sous une grange et distribuées par la suite.
Une fois, le groupe m’a fait passer pour un aviateur canadien
afin d’obtenir de la nourriture dans une ferme, pour la distribuer
aux réfractaires. Ils m’ont laissé avec la dame
en me disant de la boucler. C’est tout juste si elle n’a
pas retiré sa culotte…
Elle disait « c’est quand même malheureux, hein.
Un petit gamin comme ça et on ne se comprend pas. »
Une autre fois, en plein hiver, j’avais reçu l’ordre
d’aller chercher une moto dans le Limbourg. Arrivé
à Pepinster, je n’ai pas pu descendre de la moto, j’étais
« gelé ». Le médecin est arrivé
et a demandé de ne pas me bouger. Quelqu’un est venu
avec un petit chauffage, des couvertures, et tout doucement je me
suis réchauffé. On m’a ramené dans un
lit à bonne température, et là, j’ai
« dégelé. »
Avec la moto j’ai plusieurs anecdotes audacieuses. Les copains
avaient peur de monter quand je conduisais ! Un jour j’ai
jeté une grenade sur des chars allemands. Les balles sifflaient
derrière mes oreilles. Il y a aussi un allemand qui m’a
pris en joue en me voyant arriver sur la moto. J’ai fait semblant
de débrayer et arrivé à côté de
lui je l’ai fait tomber. Il fallait une bonne dose de chance
et beaucoup d’audace…
Le comble c’est un résistant qui m’a avoué
avoir essayé de m’abattre, un jour où je portais
l’uniforme allemand.
A Eperlecques une nuit, un des nôtres
est sorti pour aller aux toilettes, un grand trou dans le sol. Il
était très malade et s’est trompé, en
se dirigeant vers les barbelés. Il a été abattu
et nous avons du tous nous lever pour nous mettre en rang devant
le mort. Après trois mois dans cet enfer, à travailler
de 6 à 18 heures, nous étions sans force. Alors comme
combattant, mon sentiment était « pas de pardon ».
Ils me l’avaient fait payer en 1940, j’ai souffert dans
les camps.
Nous n’avons pas tué avec plaisir, nous n’étions
pas des assassins. Je n’aurais pas tué un type qui
se rendait, jamais, mais parfois on se faisait attaquer, alors on
se défendait. On ne tuait pas de soldats isolés. Il
s’agissait de combats réguliers. Je ne suis pas un
homme heureux d’avoir tué.
Après la libération, j’ai combattu au côté
de l’armée américaine à la bataille des
Ardennes et en Allemagne. Nous avons mis le feu à un dépôt
de carburant à Stavelot, pour éviter de ravitailler
les chars allemands. Plusieurs fois nous nous sommes retrouvés
entre en combats face à des petits groupes, dans nos missions.
Par la suite, j’ai participé à la libération
du camp de Buchenwald, mais sans y rentrer vraiment.
De cette période, il me reste pas mal de séquelles,
surtout des cauchemars, mais aussi la satisfaction de m’être
défendu et d’avoir eu le courage de le faire. J’ai
appris que toute la vie il faut se défendre… et rester
fidèle à ses principes.
Mon message dans les écoles, c’est : il faut éviter
la guerre. Je dis aux jeunes : il faut avoir un idéal, être
honnête et courageux.
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