Albert Leburton

 

   

Je suis né le 06 décembre 1912 à Oreye.
J’ai été à l’école jusque 14 ans et je suis ensuite allé travailler comme cimentier pendant 3 ans. J’ai ensuite oeuvré 2 ans comme ébéniste et puis dans une écrémeuse à Remicourt. Ensuite j’ai travaillé avec mon père comme marchand de bière.
Avant la guerre, j’étais soldat au 13ème de ligne à Namur. Comme beaucoup de gens, j’ai été mobilisé en 1939.
J’ai fait les 18 jours comme chauffeur du commandant de régiment ce qui m’amenait à rouler nuit et jour).
Je suis revenu en vélo à la capitulation pour échapper aux allemands, et me suis inscrit dans la résistance en 1942 avec Edmond Leburton, résistant célèbre, qui faisait partie de ma famille lointaine. J’étais dans la presse clandestine avec lui. Je transportais et distribuais en vélo les journaux « Le Monde du Travail », « La Meuse » et « L’Espoir ». Pendant 2 ans, jusqu’à mon arrestation.
J’étais responsable de la distribution pour les secteurs d’Oreye, Crisnée, Thys, Fize et les villages environnants. Les journaux me parvenaient par le tenancier de la coopérative à Liège, où j’allais les chercher en vélo.
J’ai aussi aidé des juifs cachés dans une maison à Oreye en leur donnant des timbres et de l’argent.

Nous avons été arrêtés à 3 en 1944 à Omal, lors d’un contrôle, pendant que nous transportions du froment avec le camion de la sucrerie d’Oreye. Nous l’utilisions pour ravitailler les réfractaires de la région de Waremme.
J’ai été emmené à la Feldkommandantur de Waremme. Ils m’ont pris pour Edmond Leburton. Ensuite j’ai été emprisonné à la prison de Huy (15j), celle de St Léonard (15j) et la Citadelle (6 semaines), à Liège.
J’ai été embarqué vers le camp de Buchenwald, et puis Dora, Harzingen, Bergen-Belsen (où j’ai été libéré par les anglais), en fonction des besoins de main-d’œuvre. En tout, je suis resté 13 mois dans les camps, à travailler 12h par jour. Le régime alimentaire était horrible. Nous étions préparés par notre vie de l’époque à des conditions difficiles, mais la volonté de s’en sortir était notre arme principale. On pensait uniquement à sauver notre vie.

J’ai travaillé à creuser les tunnels où on fabriquait les V1 et les V2, à côté de Dora.
On faisait sauter des mines pour agrandir les tunnels. Comme je travaillais seul, un jour j’ai saboté un fil et rien n’a sauté. Je travaillais dans le tunnel 14. Comme punition on m’a placé dans un autre tunnel. Après avoir placé de nouvelles mines, le plafond m’est tombé sur la tête. Je suis resté dans le coma pendant 2 jours et puis deux mois à l’infirmerie d’Harzingen. A Noël le médecin allemand m’a fait sortir, me traitant de carottier.
Il m’a envoyé à Dora en me disant « là on te fera travailler ou on te fera crever ».
A l’évacuation de Dora vers Bergen-Belsen, j’étais accompagné d’un docteur belge qui m’a porté car je ne pouvais plus marcher. On se voyait mourir à la fin.
Les 10 derniers jours avant la libération, on n’avait plus rien à manger. Quand les anglais sont arrivés ils ont commencé par nous nourrir tout doucement. Je pesais encore 45 kg (82 kg avant mon arrestation).
J’ai été hospitalisé par périodes de 3 mois à Waremme jusqu’en 1949 où j’ai commencé à remarcher avec 2 cannes. On m’a donné un poste de concierge à l’Athénée de Waremme où je suis resté pendant 28 ans.

Avec le recul on pense encore à toutes ces histoires. Un prisonnier « des pays de l’est » est mort à côté de moi à Harzingen. Je ne l’ai même pas vu ni entendu mourir. On s’éteignait dans les camps…
Il m’arrive encore de faire des cauchemars.
Franchement, à recommencer, au vu de ce qui se passe maintenant avec la remontée de l’extrême droite, je ne renouvellerais plus tout ce que j’ai fait pendant la guerre. Je ne peux pas vraiment affirmer que je ne serais plus résistant, car on le devient un peu « sans savoir », mais je suis un peu dépité, dégoutté de la situation actuelle. J’ai l’impression que la guerre n’a servie à rien, comme si ce que nous avons fait n’a pas été utile.

Je regrette la vie maintenant. L’éducation n’a pas suivi le progrès.
Le manque de respect, d’écoute me déçoit. La vie était plus agréable avant. Nos amusements étaient plus sains.
Le conseil que je donne aux jeunes générations est d’étudier et de respecter leurs parents. Le respect de l’humanité est important.

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