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Je suis né le 13 mars 1921 à
Ixelles.
Mon enfance et ma jeunesse se sont déroulées à
Bruxelles. A 5 ans, mon père qui a terminé la première
guerre comme général, m’a dit « après
le français, tu dois apprendre l’allemand, parce que
c’est la langue de nos ennemis. »
Après un an d’université, ma grande intention
était de participer à la guerre.
En 1942 j’ai pu entrer en contact avec le « Groupe G
», fondé notamment par anciens étudiants de
l’université de Bruxelles. Le but était principalement
de faire des sabotages pour freiner la production des usines qui
intéressait les allemands.
J’ai eu l’occasion de participer
avec deux camarades à une opération particulière
qui était l’arrêt d’un train de juifs,
convoyé par les allemands vers Auschwitz. Il s’agissait
du 20ème convoi. Dans la soirée du 19 avril 1942,
j’ai arrêté ce train entre Malines et Louvain,
et permis à 17 personnes de sortir. Ce n’était
pas beaucoup, mais les prisonniers ne voulaient pas sortir. On leur
avait raconté qu’ils seraient emmenés dans un
camp agricole, et ils le croyaient, les malheureux.
Il régnait un silence absolu. Pendant une seconde, pas plus,
j’ai eu peur. J’ai ouvert un des wagons avec une pince.
Des discussions se sont engagées. Quelques personnes sont
sorties.
Je n’ai revu qu’une de ces personnes, en 1995, une dame
polonaise. Un des fils de cette dame m’a dit : « sans
vous je n’aurais jamais revu ma mère. »
C’est très émouvant. Avec le recul on a fait
beaucoup de foin autour de cette histoire. Tant mieux si j’ai
sauvé des gens…, si j’ai fait mon devoir, et
puis c’est tout.
Les chauffeurs belges qui conduisaient le train jusqu’à
Eupen ont arrêté plusieurs fois le convoi, je pense
pour permettre de faire sortir les gens qui avaient réussi
à casser des portes ou des fenêtres. A ce moment je
suis parti me cacher chez moi.
Le 2 août 1943, plusieurs de mes amis ont été
arrêtés. Par une chance extraordinaire, je n’avais
pas logé chez moi la nuit.
En me rendant chez ma mère, une voisine m’a déconseillé
d’y aller, car les allemands en sortaient. Je suis allé
me cacher en forêt.
Deux mois plus tard je suis allé retrouver les dirigeants
du Groupe G, qui m’ont confié un poste de dirigeant
au niveau de l’organisation et du recrutement de résistants.
J’ai été fort actif, notamment dans le Hainaut,
puisqu’il s’agissait d’une des régions
industrielle les plus active de l’époque. Notre but
était de diminuer la production, ce qui mettait les allemands
en difficulté au niveau du transport.
Nous avons arrêté et fait dérailler plusieurs
trains, sans tuer les gens, et organisé ce qu’on a
appelé « la grande coupure de courant » qui a
permis d’arrêter le fonctionnement de certaines usines
pendant plusieurs jours.
Le jour suivant la coupure je me suis fait arrêter, mais par
un miracle extraordinaire, les allemands m’ont laissé
seul dans un ancien hôtel. J’ai sauté par la
fenêtre et me suis enfui à pied et en train jusqu’à
Chiny.
J’ai continué à organiser le « Groupe
G », en Ardennes, mais plusieurs de mes camarades et moi-même
nous sommes fait arrêter en mars 1944. Les allemands n’ont
heureusement pas fait la liaison entre mes activités au «
Groupe G » et l’arrestation du train de juifs. Je pense
que c’est cela qui m’a valu la survie.
On m’a envoyé à Breendonk
et puis à Buchenwald où j’ai passé 14
mois. De là, on m’a mis dans un train qui devait me
déporter vers Hanovre ou Hambourg. Je suis resté 5
jours sans manger.
Arrivés à Bergen-Belsen, nous avons pu manger «
correctement ». Après une quinzaine de jours, nous
avons vu apparaître des anglais qui nous ont dit que le lendemain
on allait partir. Ils nous ont mis le 24 ou 25 avril 1945 dans des
gros camions en direction de Turnhout. De là, j’ai
téléphoné à ma mère qui était
toute réjouie.
Il m’a fallu plusieurs mois pour me remettre. Au retour, je
pesais 39 kilos.
Nous avons beaucoup souffert, mais ceux qui sont morts ont encore
plus souffert. En septembre 1945 je suis rentré à
la sûreté de l’état et l’on ma chargé
de la liquidation administrative du « Groupe G ».
En 1946, le Général de Gaule nous a reçus à
Paris. C’était très émouvant.
Avec le recul, je regrette qu’il ait
fallu attendre 50 ans pour avoir un merci de certaines personnes
que j’ai sauvées. Par contre, une dame de Saint-Idesbald
dont j’ai sauvé le père m’a écrit
une lettre qui … arrachait les larmes. Je l’ai conservée
bien précieusement.
Je garde aussi un souvenir particulier, à Buchenwald, d’un
médecin SS qui a apporté une écrevisse à
un mourant. Un geste humain, excessivement rare, qui m’a beaucoup
frappé.
Après la guerre, ce qui a beaucoup
occupé ma vie a été la constitution d’une
forêt au Congo, avec des semences du monde entier.
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