Marianne Szyffer

 

   

Je suis d’origine française, née le 10 mai 1923 à Forest.
A la maison, j’étais la cadette de la famille. J’ai toujours été entourée de frères anti-fascistes. Lors de la guerre d’Espagne, ma mère a décidé d’accueillir chez nous un enfant espagnol.
En 1939, je travaillais dans une usine française clandestine de fabrication d’armes. Un peu avant la guerre, on nous a demandé de partir vers La Rochelle, car les allemands arrivaient.
Je suis rentrée en Belgique où une partie de ma famille vivait encore.

Grâce à des facteurs qui étaient avec nous au « Front de l’Indépendance », on prévenait les gens qui étaient dénoncés à la Gestapo. C’était mon travail au début.
Ensuite, une amie de ma sœur m’a proposé de participer à l’évacuation de personnes qui voulaient rejoindre l’Angleterre.
Par la suite, je suis rentrée dans les « Partisans Armés ». J’amenais des armes, avant l’action, et je les reprenais par la suite.

Lors d’une belle journée d’été, j’ai dû transporter 5 kilos de dynamite. Il a commencé à pleuvoir et mon rendez-vous n’était pas là. Je suis rentrée chez moi pour tout ré emballer, et je suis revenue 2 heures plus tard au lieu convenu. A chaque fois nous avions ce qu’on appelait un « repêchage ».
Le gars m’a dit, « moi je ne transporte pas ces paquets sous la pluie. »
Je lui ai répondu « j’ai fait ma part de travail, et je ne reprends pas la dynamite avec moi. Maintenant risque ta peau comme moi je l’ai risquée deux fois ».

Une action qui a été pour moi une des plus difficiles, a eu lieu près d’un endroit que nous appelions le « 57 », un dépôt. Il existait deux clés. J’en avais une, et mon futur mari avait l’autre.
Je devais amener les papiers avec toutes les actions effectuées pendant le mois par notre groupe, dans ce lieu. Arrivée à proximité, je me suis rendue compte que j’étais suivie par la Gestapo. Et là j’ai eu peur.
Je suis rentrée dans une espèce de magasin de seconde main, en jouant la fille qui n’avait pas « toute sa tête ». La vieille dame qui s’en occupait a accepté d’échanger mes beaux vêtements contre une horrible robe et des chaussures ordinaires.
Je me suis coiffée différemment, et pour la première fois de ma vie, je me suis maquillée. Ma serviette en cuir aussi, je l’ai échangée, contre un filet en toile cirée.
En regardant dans un miroir, j’ai attendu qu’ils arrivent devant le magasin pour sortir et leur faire face. J’avais peur en marchant devant eux qu’ils reconnaissent ma démarche.
En rentrant dans le dépôt, j’étais tellement marquée, que je suis tombée en syncope.

Pendant la guerre, j’ai connu un certain Monsieur Staedler, un juif, qui faisait des vêtements clandestins avec quelques jeunes ouvriers. J’ai travaillé quelques jours dans cet atelier, mais j’ai surtout été amené à faire des fausses cartes d’identité pour certains des ouvriers.
Un jour, des cris ont éclaté dans la cour, pour nous prévenir de l’arrivée des allemands. Les gens étaient affolés. J’ai ouvert la fenêtre, et tous les juifs ont sauté dans La Senne, sauf Monsieur Staedler, qui était trop vieux. Nous l’avons caché avec une amie sous un tas de vêtements…
Une autre fois, j’avais rendez-vous à la porte de Ninove, sur le marché, avec une dame juive. Je devais lui remettre des cachets de la Wehrmacht pour faire des fausses cartes d’identité.
Tout d’un coup, une rafle a eu lieu, avec des gardes et des camions. Personne ne pouvait sortir. J’ai pris deux bouquets de fleurs, et j’ai tenu les cachets dans les mains avec les fleurs. Ils ont tout fouillé sur moi et dans mon sac, mais n’ont rien trouvé.

Et puis il y a l’épisode à l’hôpital, à Uccle, avec celui qui allait devenir mon mari. Il avait été abattu à Alost et nous avions été prévenu.
Mais à l’hôpital il était renseigné comme inconnu, car il n’avait pas de papiers sur lui, et nous ne savions pas dans quelle chambre il était logé. Je suis allée trouver la sœur supérieure pour lui demander, mais la Gestapo lui avait fait jurer de ne rien dire.
Je lui ai proposé de faire juste un signe en passant devant la chambre, ce qu’elle a fait.
Pendant 3 jours, je suis allée aux heures de visite à l’hôpital pour détailler un plan qui allait permettre de le faire libérer.

J’ai toujours eu la chance de trouver une idée pour me tirer des mauvais pas.

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